La « remagification » de la vie en entreprises




Face au rouleau compresseur de la raison, il y a un certain nombre de signes qui montrent un retour à ce que l’on avait mis de côté.


Un retour à des valeurs plus terriennes et plus spirituelles dans le monde corporate. On assiste ainsi au retour de l'entièreté de l’être, de cette interaction entre la matérialité et la spiritualité. La nouvelle génération est tout autant attentive au corps et à l’esprit. C’est sans aucun doute un des changements majeurs de notre époque, la fin de l’ère du tout individu pour se diriger vers « l’Etre ensemble ».

On assiste ainsi à la « remagification » de la vie en entreprises à travers l’observation de nombreuses pratiques corporate inspirées du sacré :

  • Des confessions : au-delà des bars à graines, des soirées bière du vendredi soir et des babyfoots, on a observé pendant la période de confinement l’installation de nouveaux rites visant par exemple à exprimer la frustration. Pendant une heure, chaque vendredi, tous les collaborateurs de Airbnb étaient appelés à exprimer leurs frustrations, leurs peurs, leurs déceptions mais aussi leurs joies et leurs surprises. Etre à l’écoute de ses émotions permet d’être en lien avec les autres, avec le monde, tout en étant relié à soi.


  • Des incantations et des mantras : avoir un mantra ou un animal totem sur les murs de son entreprise inspire et aide les chefs d’entreprise et les collaborateurs à garder le cap. Voici le mantra de Sylvain Tillon, fondateur de Tilkee : “Jamais renard fainéant n’eut la gueule plein de plumes”.


  • Des retraites : Certaines start-up on prévu de réunir toutes ses équipes deux

fois par an lors de retraites initiatiques. Objectif : créer des moments de

partage permettant un « niveau de respect et d’entraide extraordinaire lors de

moments privilégiés de silence ». La vie contemplative et méditative (ne

l’oublions pas) conduit aussi à mieux synchroniser le corps et l’esprit. Elle

permet aussi de mieux identifier l’essentiel et la vérité, toujours voilée. C’est la

pensée méditative qui permet cet accès et cette connexion à ce que l’esprit

100% cartésien ne peut déceler.

  • Des musiques : Bien évidemment, chaque start-up possède sa propre musique pour « bien bosser ». Selon le cofondateur de Big Mama, Victor Lugger, “Far l’amore comincia tu” de la chanteuse italienne Raffaella Carrà a tout pour rallier et motiver ses troupes.


Ces actions collectives et ces rites quotidiens préfigurent de ce nouveau monde en gestation, à la recherche de divin et de féérique. L’ésotérique et le non-rationnel ne sont plus des pratiques marginalisées mais au contraire pratiquées dans un modèle collectif et communautaire, qui redonne ses lettres de noblesse à l'Être, dans sa vision holistique. On peut même parler d’une forme d’exaltation mystique dans ces nouvelles organisations managériales : la perte de soi dans un ensemble plus vaste qui est la communauté.


Karine Mast, fondatrice Académie Arcanes

academie-arcanes.com